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Joseph de Lapoche : buzz, critiques et promesse d’Adjapiano

Depuis quelques jours, un nom revient insistant sur les réseaux sociaux béninois : Joseph de Lapoche. Son clip « Adjapiano », ses slogans comme « En bas les jaloux » et les chiffres de vues affichés par son entourage ont fait de lui un sujet de discussion récurrent. 

A mi-chemin entre moqueries, défense acharnée et interrogations sur la qualité artistique, son cas soulève une question plus large sur ce que le showbiz béninois choisit de mettre en lumière.

Des débuts marqués par la controverse

Tout commence par quelques vidéos où l’on voit Joseph de Lapoche fredonner quelques phrases où on peut clairement entendre aussi la voix de son manager qui fait le refrain. 

Ces premières apparitions sont rapidement reprises dans les cercles d’artistes et d’internautes, souvent sur un ton ironique. Beaucoup relèvent un chant approximatif, une maîtrise vocale limitée et un univers artistique encore flou. C’est dans ce climat que s’installe l’idée d’un profil plus « buzz » que « talent abouti ».

C’est aussi à ce moment que naît d’abord le titre « En bas les jaloux ». Loin de n’être qu’une phrase d’accroche, ce slogan se veut une réponse directe aux critiques qui estiment que son supposé talent « mérite d’être caché ». Joseph de Lapoche et son équipe changent alors ces moqueries en moteur. Ils affirment ainsi qu’il réussira malgré ceux qui le rabaissent. 

Le message est repris massivement sur Facebook et TikTok, devenant presque plus visible que la musique elle-même.

@joseph_de_la_poche

♬ son original – Joseph de la poche

« Adjapiano » : un projet présenté comme un défi

Après « En bas les jaloux », arrive le projet « Adjapiano ». Selon la logique de l’artiste, ce titre s’inscrit dans une logique de défi. Il a promis combler les attentes au-delà du niveau où les concepteurs ont logé ce rythme. 

Le duo Xtime-Ghix, concepteurs du style msical « Adjapiano » ont alors lancé une sorte de marché au jeune homme. S’il réussit son « Adjapiano » et parvient à convaincre, il serait programmé sur leur prochain concert en Belgique le même mois. C’est d’ailleurs cette promesse qui donne au projet une dimension supplémentaire.

Le clip est finalement publié le 1er septembre et rencontre rapidement un fort taux de visionnage. Son manager, OYENIRAN Wilfried, annonce que le total dépasse 50 000 vues en moins de 48 heures. 

Sur la base de ces chiffres, une programmation en guest sur le festival ADJA BLEU est obtenue, ce qui vient alimenter le récit d’une ascension rapide.

Pour ses soutiens, ces éléments prouvent qu’il y a un public, une curiosité et une forme de légitimité par l’audience. Pour ses détracteurs, cela ne change rien au fond du débat sur la qualité musicale.

Deux lectures opposées du phénomène

Autour de ce dossier, deux grilles de lecture s’affrontent sans vraiment se rencontrer.

La première lecture, portée par une partie des artistes et des internautes, considère Joseph de Lapoche comme un exemple de « médiocrité encouragée ». 

Selon cette vision, mettre en avant un profil aux prestations vocales faibles et au projet artistique encore peu structuré, c’est brouiller les repères pour les jeunes talents qui travaillent leur voix, leur scène et leur écriture.

La crainte exprimée est celle d’un environnement où le buzz prime sur le travail, et où les critères de qualité deviennent secondaires.

La seconde lecture, défendue par son manager et certains observateurs, refuse de réduire Joseph de Lapoche à un simple mème. Elle rappelle que beaucoup d’artistes ont commencé de manière approximative avant de progresser grâce à un bon encadrement. 

Des exemples ivoiriens et burkinabés sont parfois cités, où des profils contestés à leurs débuts ont fini par s’imposer après un réel travail sur la scène et l’image.

Pour ce camp, décourager brutalement le jeune homme reviendrait à lui fermer une porte qui pourrait, à terme, mener à une trajectoire artistique plus solide.

Le rôle central du manager dans la construction du récit

Au centre de cette tempête se trouve OYENIRAN Wilfried, le manager de Joseph de Lapoche. Sur les réseaux, il défend son artiste face aux vagues de moqueries et négocie des programmations comme celle du Festival ADJA BLEU. Il entretient aussi la narration d’un jeune qui dérange mais qui perce, en s’appuyant sur la logique du buzz et de la visibilité immédiate.

Ce positionnement est stratégique. Il fait d’un profil controversé, une opportunité médiatique et maintient l’attention autour du nom « Joseph de Lapoche ».

Reste à savoir si cette stratégie pourra, à moyen terme, se traduire par un projet artistique durable, avec une évolution vocale, une écriture plus affirmée et une vraie cohérence de carrière.

Qualité contre visibilité : un débat qui dépasse un seul nom

Le cas Joseph de Lapoche dépasse sa personne. Il pose une question de fond à l’industrie musicale béninoise. Qu’est-ce qui est réellement récompensé ? La qualité artistique ou la capacité à faire parler ? 

Les vues suffisent-elles à légitimer un artiste ou doivent-elles s’accompagner d’un minimum de maîtrise technique et de cohérence de projet ? Quel message est envoyé aux jeunes qui veulent se lancer ? Doivent-ils prioritairement travailler leur art ou d’abord créer du buzz en espérant que le reste vienne après ?

Dans d’autres scènes, notamment en Côte d’Ivoire, des profils jugés moyens à leurs débuts ont fini par s’imposer grâce à une évolution réelle et un travail soutenu sur la scène et l’image. 

La question qui reste ouverte est de savoir si le Bénin est prêt à accompagner ce type de trajectoire sans sacrifier ses standards de qualité, et comment il peut le faire sans décourager ceux qui visent l’excellence.

Une suite encore à écrire

Joseph de Lapoche peut encore écrire la suite de son histoire de deux manières. Il peut rester un phénomène de buzz, un nom qui fait rire, qu’on programme par curiosité, puis qui s’efface quand le public passe à autre chose.

Il peut aussi prendre ce buzz comme tremplin, travailler sérieusement sa voix, son écriture et sa scène, et transformer la curiosité en véritable carrière.

Dans les deux cas, son dossier restera un miroir tendu à l’industrie. Ce qui sera choisi aujourd’hui en termes de mise en lumière, de programmation et de discours définira en partie le type de musique et d’artistes que le Bénin aura demain.

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