Dans une vidéo publiée sur sa page Facebook, le rappeur béninois Lerenoi livre une réflexion sans filtre sur l’état du rap national et sa réception par le public. Pour lui, le problème ne se résume ni à une question de qualité, ni à un conflit de générations.
Il pointe du doigt un changement structurel : l’arrivée d’internet a bouleversé les règles du jeu et expose ainsi les artistes béninois à une concurrence mondiale immédiate.
“Avant, on ne pouvait qu’écouter la musique béninoise”
Lerenoi revient d’abord sur la période d’avant internet. À l’époque, la musique béninoise était la plus accessible. Le public écoutait ce qui était disponible, sans pouvoir comparer en un clic avec des productions étrangères.
Les artistes de cette génération ont donc marqué les esprits, non seulement parce qu’ils étaient forts, mais aussi parce qu’ils étaient les seuls visibles. “On écoutait la musique de nos grand-frères sans chercher à savoir s’ils avaient une vie incroyable”, note-t-il.
Avec internet, la situation s’inverse. La musique étrangère vient désormais vers le Béninois tous les jours. Le public a le choix, et ce choix s’est rapidement porté vers des artistes internationaux qui vendent un lifestyle plus “brillant”, plus spectaculaire.
Selon Lerenoi, ce n’est pas que les rappeurs béninois actuels ne sont pas forts, c’est que leur force est moins visible dans un environnement saturé d’images et de contenus venus d’ailleurs.
Le public “choco” du rap a été le premier séduit par l’extérieur
Le rappeur insiste sur un point : le rap, à la base, est une musique de “choco”, et ce public était le premier à porter le mouvement.
Mais avec internet, ce même public a été le premier à se laisser séduire par ce qui vient d’ailleurs. “Ils ont du plaisir à voir des artistes qui vendent un lifestyle incroyable”, explique-t-il.
Résultat : une partie des fans de rap déclarent désormais ne plus écouter de rap béninois. Ainsi, ils jugent que les artistes locaux ne sont pas à la hauteur de ce qu’ils voient sur internet.
Lerenoi refuse pourtant de tout mettre sur le dos des jeunes artistes. Il rappelle que les exigences du numérique sont énormes : endurance, contenus réguliers, clips, lifestyle, capacité à trouver et à entretenir son public.
“C’est juste fou ce que internet te demande”, souligne-t-il. Dans ce contexte, certains rappeurs existent, mais peinent à émerger face à un public qui a déjà ailleurs des références plus “brillantes”.
Promoteurs, public et artistes : personne n’est seul responsable
Dans son analyse, Lerenoi épingle aussi les promoteurs d’événements. Selon lui, beaucoup sont là pour faire du chiffre. Ils mettent en avant les artistes qui drainent du monde, et délaissent les locaux quand ceux-ci ne remplissent pas.
“On aura beau se tirer dessus matin, midi, soir, on ne trouvera pas la solution”, prévient-il, estimant que la faute n’est ni aux anciens, ni aux nouveaux, ni même à tout le public.
Sa conclusion : une partie du public, notamment les “chocos” historiquement proches du rap, ne veut plus entendre parler de rap béninois, car elle compare en permanence avec ce qu’elle voit sur internet.
Pour Lerenoi, reconnaître ce “piège d’intellect” est un premier pas pour comprendre pourquoi le rap a perdu sa place et comment, peut-être, commencer à reconstruire un écosystème plus favorable.
Quelques déclarations choc du rappeur

“ On est tous tombés dans le piège d’intellect. Et ceux qui payent les frais de cela, c’est les rappeurs. “
“ Avant internet, tu pouvais remixer un son qui marchait aux États-Unis et tu exploses ici. Parce que le public n’avait que ça. “
“ Le rap à la base, c’est une musique de choco. C’étaient eux qui portaient le truc. Mais quand il y a eu internet, c’est le premier public qui s’est laissé séduire par tout ce qui venait d’ailleurs. “
“Ce que internet te demande d’abord en tant qu’artiste est énorme. De l’endurance, des contenus, des clips, un lifestyle, trouver ton public, l’entretenir… C’est juste fou. “
“On aura beau se tirer dessus matin, midi, soir, on ne trouvera pas la solution. Parce que ce n’est pas la faute aux anciens ni aux nouveaux.”






